Série « Aux sources du curry japonais » — Article n°5
Si vous avez suivi les articles précédents (sur les épices et la naissance de la sauce), vous avez compris pourquoi il existe autant de currys japonais qu’il y a de chefs pour les cuisiner : tout est histoire d’équilibre, de saveurs et surtout de goût personnel. Mais il existe un tour de main japonais qui pousse cette logique encore plus loin : le kakushi aji.
On pourrait traduire cette expression par « saveurs cachées » ou « ingrédients secrets » : ce sont les ingrédients que l’on ajoute pour personnaliser son curry, qui viennent équilibrer la sauce et se diffuser subtilement — des ingrédients dont vous seul aurez le secret. Parce que je suis un chef sympa, voici quelques-uns des miens, classés par effet recherché.
Pour le salé et l’umami
- La sauce soja, le sel liquide de la cuisine japonaise.
- L’encre de seiche : au-delà de la couleur, elle apporte un iode subtil et une pointe de mystère.
- Le dashi au katsuobushi, le bouillon japonais à la bonite séchée : rondeur et puissance marine.
- Le vieux parmesan râpé : oui, du fromage italien ! Plus il est vieux, plus il est concentré en glutamate — un vrai marqueur d’umami.
Pour le sucre et le fruit
- Les confitures (cerise noire, figue) : du sucre, du fruit, du brillant.
- Le miel — j’utilise du miel de châtaignier et de sapin.
- Le miso blanc, concentré de douceur et de fermentation, parfait dans les currys accessibles.
- Le kuromitsu (sirop de muscovado), un caramel liquide puissant proche de la mélasse.
Pour la rondeur et la profondeur
- L’ail noir : résineux, sucré, avec des touches de réglisse. À incorporer au tout dernier moment, sans le chauffer.
- Le chocolat noir : utilisé dans les sauces françaises depuis Escoffier, il casse l’acidité et apporte du brillant.
- L’extrait de café, avec parcimonie, pour ses notes torréfiées.
- La demi-glace, l’or des sauces françaises : complexité, profondeur, brillance.
Pour l’amertume et le feu
- La confiture d’orange amère et la purée d’umeboshi (prune salée et vinaigrée) côté amertume et acidité.
- Le yuzu kosho (zeste de yuzu, piment, sel) : un piquant chaud aux notes d’agrumes.
- L’huile de sésame pimentée ra-yu, pour un kick puissant et brûlant en fin de sauce.
- La harissa — clin d’œil à mon grand-père kabyle, qui en avait toujours au réfrigérateur.
Et puis il y a l’inclassable sauce Worcestershire : anchois, mélasse, vinaigre, tamarin, piment… un concentré de saveurs à elle seule.
La seule règle : goûtez
Il n’existe aucune règle quant au choix du kakushi aji : bien incorporé, en séquence avec les bonnes saveurs, n’importe quel ingrédient peut fonctionner. Vous imaginez le nombre de currys possibles ? Mon seul conseil, si vous vous lancez dans la même quête que moi : incorporez vos ingrédients secrets progressivement, petit à petit… et goûtez, goûtez, goûtez.
→ À lire aussi : FAQ : tout savoir sur le curry japonais
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